Archive de la catégorie ‘Développement durable’

Après Copenhague, « rien ne sera plus comme avant »

Lundi 21 décembre 2009

http://www.lepost.fr/article/2009/12/21/1851517_apres-copenhague-rien-ne-sera-plus-comme-avant.html

Après Copenhague,


Retour sur le sommet de Copenhague avec Raymond Vall, sénateur PRG (Parti radical de gauche) du Gers, présent dans la capitale danoise avec la délégation de parlementaires. S’il se dit « déçu », il insiste sur les « côtés positifs » et la « prise de conscience » qui prépare le prochain sommet de Mexico.

 

Copenhague est-il un échec total ou au contraire une étape nécessaire dans la lutte contre le réchauffement climatique ?

Bien sûr, je suis déçu et le texte qui en ressort est une forme d’échec. Mais je pense que c’est un événement à partir duquel rien ne sera plus comme avant. Il y a des cotés positifs. On n’a jamais réuni 150 chefs de gouvernement sur le climat. C’est une prise de conscience, un constat qui marque une étape. Même si l’accord est très insuffisant, je rappelle que dans l’accord de Kyoto, ni les Etats-Unis, ni la Chine, ni l’Inde étaient présents. Enfin, même si ce n’est pas totalement financé, il y a l’aide aux pays pauvres de 30 milliards de dollars d’ici 2012 et 100 milliards d’ici 2020. Environ 40% de cet argent ira au problème de la régulation de la forêt en Afrique. Dernier point: l’Europe va se doter d’une organisation de défense de l’environnement.

Copenhague est-il la faillite du système onusien ?

Les Nations-Unis ne sont pas le cadre adapté. Il faut des décisions à l’unanimité. On a bien vu que le lobby pétrolier manipulait quelques pays producteurs, comme le Venezuela, la Bolivie. Ces pays ont bloqué la négociation entre jeudi et vendredi.

Vous faisiez partie de la délégation de sénateurs présents à Copenhague. Quel était votre rôle ?

Les six sénateurs choisis ont, aux côtés des six députés, beaucoup travaillé sur les questions écologiques, les énergies renouvelables. Tous les jours, nous avons fait deux réunions de débriefing avec Jean-Louis Borloo, Chatal Juano et Valérie Létard, pour connaitre les points de blocage. Nous apportions modestement nos avis, conseils et réflexions. Je tiens à dire qu’on ne peut pas ne pas souligner l’énorme engagement de Jean-Louis Borloo, de ses secrétaires d’Etat et de son équipe.

Les Européens ont-il pesé à Copenhague?

Ils ont pesé vis-à-vis de l’Afrique. Mais le pouvoir politique s’est déplacé vers la Chine et l’Inde. Il faut voir le faible poids des Etats-Unis dans cette négociation. La Chine a refusé les demandes faites par les Etats-Unis. Ils ont été confrontés à un bras de fer avec ces pays émergents.

Quelle est la suite et peut-on espérer la signature d’un accord ?

Tout le monde va travailler pour le prochain sommet de Mexico, prévu en décembre 2010, avec une réunion préparatoire à Bonn, en Allemagne, au premier trimestre. Copenhague aura servi d’étape pour mieux préparer Mexico. L’Europe, avec le bloc africain, va pouvoir entrer dans le concret. Certains n’y sont pas partisans. Ils pensent que par ces dotations financières, l’Europe va perdre de la compétitivité économique. Mais pour ne pas la perdre, l’Europe sera peut-être obligé de mettre en place des barrières de taxes pour ceux, comme la Chine, qui ne respectent pas les mêmes contraintes qu’elle. Si on taxe les produits qui ne respectent pas un accord sur le climat, ça pèsera.

Recueilli par François Vignal

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L’économie sociale, une réponse à la crise ?

Vendredi 11 décembre 2009

Tribune de Michel ROCARD et Thierry JEANTET,

publiée dans la Tribune du 9 décembre 2009

Le cumul des crises alimentaire, sanitaire, climatique ou énergétique a précédé une crise financière sans précédent, produisant des effets récessifs pour l’économie et des conséquences sociales 
dramatiques. L’économie sociale rassemble, sur tous les continents, des entreprises et organisations fonctionnant sur des principes innovants et particulièrement pertinents dans le contexte actuel.

Il y a fort à parier que les correctifs apportés au système capitaliste dominant ne suffisent pas pour répondre aux attentes profondes d’humanisation de la mondialisation. Il convient donc de s’interroger sur les choix à opérer sur le mode d’organisation des activités économiques à travers le monde. Plus personne ne voudra désormais d’un système unique.

La mondialisation de demain devra être plurielle, bâtie sur d’autres socles permettant d’instaurer des modes de croissance partageables, donc soutenables par les citoyens et les entreprises, profitables à l’environnement, respectueux de la démocratie. Il va falloir emprunter des chemins nouveaux pour répondre à ces défis et ne pas céder à la tentation de s’enfermer dans le vieux dilemme binaire : capitalisme ou marxisme. Ni à l’écologisme trop centré sur les remèdes à apporter à la crise climatique.

C’est en prenant conscience de cette situation qu’il faut se tourner vers l’économie sociale. Elle rassemble, sur tous les continents, des entreprises et organisations fonctionnant sur des principes innovants et particulièrement pertinents dans le contexte actuel : la démocratie (et donc la participation des partenaires), la propriété durable (matérialisée par des fonds propres impartageables), la répartition juste des excédents, décidée très en amont entre les parties prenantes (salariés, usagers, etc…) et la solidarité.

Les coopératives, mutuelles, associations et fondations sont présentes dans l’ensemble des secteurs d’activités, du primaire (agriculture, pêche) au quaternaire (nouvelles technologies), en passant par l’industrie, la banque, l’assurance, les services à la personne, ou encore la santé. Elles occupent souvent des positions clés, dans les pays développés, émergents ou en développement : on dénombre, dans le monde, plus de 800 millions de membres de coopératives, environ 300 millions d’adhérents à des mutuelles de santé, près de 200 millions de sociétaires de mutuelles d’assurance.

Cette forme d’économie inscrite dans le marché, à dimension éthique et solidaire, sera d’autant plus performante qu’elle restera fidèle à elle-même, c’est-à-dire citoyenne et créative. Y compris en cherchant à inventer dès aujourd’hui des véhicules financiers spécifiques mais adaptés à l’internationalisation des échanges.

Pour se renforcer l’économie sociale doit sortir de son incroyable timidité et s’afficher pour faire connaître, au plus grand nombre, ses valeurs ajoutées pour les citoyens, les Etats, les collectivités territoriales, mais aussi les entreprises, privées ou publiques. Sa discrétion n’est plus de mise : en Europe, elle détient l’essentiel des parts de marché dans des secteurs d’activités majeurs : agriculture, services financiers ou santé. Dans le même temps, en Amérique du Sud ou en Afrique (par exemple), des gouvernements se tournent vers les solutions qu’elle porte.

Comment peut-elle jouer un rôle plus déterminant et changer d’échelle pour mettre l’humain au cœur des projets, ce à quoi elle s’attache philosophiquement et statutairement ? L’économie sociale doit imprimer sa vision plurielle de la croissance au service d’objectifs sociaux, civiques, environnementaux, économiques ou financiers pour prouver qu’elle n’est pas condamnée à n’être qu’une forme d’entreprise différente. Elle seule peut insuffler une culture démocratique de l’économie par un projet d’extension du champ d’action des coopératives, mutuelles, associations ou fondations (et entreprises ou organisations assimilables).

Elle seule peut créer des pôles de stabilité pour assumer la continuité et l’innovation économique et sociale dans une période de réduction du rôle des Etats et de volatilité des entreprises actionnariales, en s’appuyant sur son système durable de propriété collective choisie qui repose sur un noyau dur de fonds propres indivisibles. Celui-ci, notamment via la notion de libre partage des produits ou services créés (logiciels libres, par exemple) impliquera une approche originale des questions de productivité et de propriété.

L’économie sociale doit faire partager son expérience et sa vision de l’ensemble des échanges pour contribuer à la nécessaire régulation des marchés, selon ses principes et critères, en donnant toute leur place aux échanges non commerciaux et non monétarisables. Elle doit aussi valoriser et mieux appliquer ses ambitions : favoriser de plus justes partages des richesses grâce à la juxtaposition d’une gouvernance démocratique et d’un système de propriété durable ; établir de nouvelles relations d’équité entre les acteurs y compris dans les sphères marchandes ; susciter de nouvelles relations de coopération entre les Etats, du sud au nord.

Pour passer du laisser-faire au faire ensemble, de la mondialisation subie à la mondialisation civilisée, il est urgent de faire comprendre l’économie sociale et de l’inscrire au cœur des solutions. Aux politiques, aux syndicalistes et aux entrepreneurs d’en faire, dès maintenant, leur partenaire.

Michel Rocard, ancien Premier ministre, et Thierry Jeantet, directeur général d’Euresa

Tour de France de l’innovation Radicale

Mercredi 25 novembre 2009

Mortagne-au-Perche : Succès de la journée interrégionale

des Radicaux de Gauche

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Le Parti Radical de Gauche et l’association Laïcité et République, ont organisé une journée de réflexion et de propositions à l’initiative de Thierry Jeantet, Président du PRG Orne. 80 élus Radicaux de gauche (élus divers gauche ou sans étiquette) des deux régions normandes se sont réunis en groupe d’étude pour analyser les réponses des communes, communautés,départements et régions face à la crise.Les participants ont d’abord mis en avant les bonnes pratiques des collectivités locales obligées ‘agir pour compléter l’action de l’Etat voire suppléer ses désengagements. Plusieurs axes se sont dégagés de ces travaux. Les élus radicaux de Gauche souhaitent :
- que la priorité soit donnée aux investissements pour relancer la machine économique;

- qu’un emprunt conjoint aux deux régions normandes, dont la réunification a été clairement souhaitée, soit lancé ;

- que le chantier de l’insertion sociale et professionnelle soit ouvert pour donner plus de force aux différents acteurs de terrain, notamment aux associations. Les réformes fiscales et territoriales en cours ont été évoquées et ont permis de dégager, là encore quelques axes!:

- la redéfinition du rôle de la sphère publique, avec un partage plus clair des missions des régions, départements et communes.

- la condamnation de tout retour à la centralisation. La clause générale de ompétence a été fortement défendue dans des budgets volontaires et noncontraints ;

- le rôle de la Région comme source d’impulsion, voire de chef de file de l’action
locale.

Les dangers contenus dans une réforme de la taxe professionnelle précédant une réforme des collectivités territoriales ne permettent pas de régler la question globale du financement des collectivités locales. Les élus Radicaux de Gauche ont souhaité qu’elle mettent en place des outils souples et dynamiques de coopération, pourquoi pas avec l’Etat, autour de contrats d’objectifs communs.
Après ce débat, un autre chantier a été évoqué autour des derniers ouvrages de Thierry Jeantet! : L’Economie Sociale, une alternative au capitalisme (Economica, 2008) et L’Economie Sociale, la solidarité au défi de l’efficacité (Documentation Française.2009, préface de Michel Rocard).Pour M. Jeantet,!«!l’économie sociale (coopératives, mutuelles, associations et fondations) constitue une voie de développement en faveur d’une croissance autant sociale, environnementaleet civique qu’économique (presque 12% du PIB français)!».

Le président du Conseil Régional, Laurent Beauvais a expliqué l’importance qu’il attache à un partenariat avec ce secteur, « très ancré sur le territoire, qui répond de plus en plus aux attentes des citoyens, salariés ou consommateurs sans échapper toujours aux tensions du marché, mais toujours soucieux de l’intérêt de la collectivité ».

Michel Chaignon, vice-président de la Chambre Régionale d’Economie Sociale et Solidaire a appuyé la démonstration en partant d’exemples normands comme Acome, Agrial, les mutuelles de santé, les associations d’insertion aussi les banques coopératives, les mutuelles d’insertion etc.

A travers cette journée, a conclu Thierry Jeantet, nous avons voulu montrer la capacité de la gauche, particulièrement Radicale, à agir de façon résolument constructive en ayant le souci du dialogue avec celles et ceux qui sont partisans de réformes au service des citoyens». « Une approche, très pragmatique et sans parti pris », saluée par Jean-Louis Carpentier, conseiller général de l’Orne.

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Sur la fiscalité environnementale

Mercredi 2 septembre 2009

 source : La dépêche du Midi

Les Jeunes Radicaux (JRG)communiquent:

Le Sommet de Copenhague est une étape décisive de la lutte contre le réchauffement climatique. Un événement d’autant plus central que des défis environnementaux comme la raréfaction des ressources naturelles ou les diverses pollutions y sont connexes. Les JRG proposent une orientation radicale permettant de répondre à ces défis et prolongent ainsi leur appel à l’instauration d’un Statut du réfugié climatique. Les JRG défendent l’instauration d’une fiscalité environnementale contraignante et globalisée. Les dernières avancées internationales en matière de lutte contre le réchauffement climatique demeurent insuffisantes et incomplètes. Le Protocole de Kyoto en 1997 (ratifié par 172 pays sauf les Etats-Unis) n’incluait pas de fiscalité environnementale. Des objectifs de réduction des émissions des gaz à effet de serre avaient été fixés mais ils n’ont pas été atteints. Il faut donc repenser les outils d’actions internationaux et les adapter à l’augmentation du nombre de pays partenaires. Les JRG estiment prioritaire la réduction des émissions contributives à la source. Cette démarche doit s’accompagner d’une politique internationale exigeante en matière de normes de protection environnementale, de régulation et d’autorisation de production telle que pratiquée par l’Union Européenne. Une police sanitaire et environnementale est nécessaire. Ces mécanismes exigeront l’établissement d’un financement démocratiquement controlé. La nécessité de réguler les émissions de gaz carbonique est suffisamment urgente et impérieuse pour justifier l’existence de réponses contraignantes. Les JRG défendront la création d’une taxe sur les activités productrices d’effet de serre (surtout le CO²) au cours du Sommet de Copenhague. Cette fiscalité ne devra pas altérer l’efficience de la libre entreprise et du libre échange ni affecter les acteurs économiques, en terme de pouvoir d’achat ou d’investissement. A ce titre, les JRG demandent la mise en place d’un système de redistribution équitable et efficace du produit de cette taxe environnementale. Afin de permettre des négociations équilibrées et universelles, les JRG demandent qu’aucune discrimination ne soit effectuée dans la détermination des parties habilitées à négocier à Copenhague. Ainsi, nous apparaît indispensable que le Forum international des peuples indigènes sur le changement climatiques (IIPFCC) soit reconnu comme partie habilitée à négocier au même titre que l’Union Européenne, les USA, le G 8 ou encore le G 20. Les JRG anticipent le Sommet de Copenhague comme un accélérateur des différentes initiatives nationales ou régionales relatives à la taxation des contributions au réchauffement climatique ou à la fixation d’un « prix sur le carbone ». D’ailleurs, une taxation internationale permettrait d’éviter des ajustements fiscaux nationaux par le biais notamment de mesures protectionnistes.

Economie Sociale et Entreprises à Responsabilité Partagée

Lundi 13 juillet 2009

Au moment où les syndicats vont répondre au Président de la République et au Gouvernement sur la notion de partage des résultats dans les entreprises , les SCOP, coopératives de production sont enfin, heureusement, redécouvertes, comme un exemple clef d’entreprises gouvernées selon des principes de démocratie, de juste répartition des excédents entre salariés qui sont aussi des coopérateurs. Cette formule d’entreprise mérite d’être, en effet, portée à la connaissance des créateurs comme des repreneurs d’entreprises. Elle correspond à une conception durable de l’entreprise difficilement opéable et peu enclinte à la délocalisation. Surtout elle est un modèle d’entreprise reposant d’abord sur le capital humain et ensuite sur le capital financier. Son système de propriété indivisible se révelant fort efficace dans un monde en pleine transformation.
Elle est une des formes de l’ensemble vaste et performant des entreprises de l’Economie Sociale qui représente  de 10 à 12% du PIB en France et en Europe contre 5 à 7% il y a 20 ans. Elle est mieux connue et plus développée en Espagne, Italie notamment, très présente au Canada, aux USA, en Amérique Latine. Il est grand temps que le Chef de l’Etat (qui fait si souvent référence au nécéssaire partage des résultats) et les responsables des partis politiques dialoguent avec l’Economie Sociale qui accepte le marché mais ne souffre pas de la volatilité boursière, accepte la concurrence mais préfère l’équité au sur-profit.
Ceci d’autant plus que les coopératives et les mutuelles comme les associations sont autant d’occasions de préparer ce que pourrait être un statut « d’Entreprise à Responsabilité Partagée » permettant de faire siéger au sein d’un même conseil d’administration les différentes parties prenantes, dont les salariés, avec une obligation d’accord de partage des résultats et un système de participation au capital protégeant les salariés grace à un fonds de garantie approprié. Formule défendue par
le Parti Radical de Gauche (cf programme voté à La Rochelle au printemps 2009).
Entre fausse renaissance du capitalisme, retour du marxisme et autres « ismes » il est possible de s’appuyer sur une alternative très concrète et en plein développement dans le monde : celle de l’Economie Sociale.

Thierry Jeantet
Vice Président du PRG
notamment auteur de :  l’Economie Sociale, une alternative au capitalisme .Edition Economica 2008 et retirage 2009,

*Dimanche : « Yes, week-end ! »*

Jeudi 11 décembre 2008

Dimanche : “Yes, week-end !”

Christian ECKERT
Député de Meurthe-et-Moselle,
et 122 co-signataires Socialistes, Radicaux de gauche, Communistes et Verts dont :

- CHARASSE Gérard
- BERTHELOT Chantal
- GIRAUD Joël
- LIKUVALU Albert
- MARC Jeanny
- ORLIAC Dominique
- PINEL Sylvia
- ROBIN-RODRIGO Chantal
- TAUBIRA Christiane

Déplafonnement des heures supplémentaires, fin des RTT et des jours fériés, disparition du repos compensateur, possibilité de travailler jusqu’à 70 ans… depuis deux ans, la liste des reculs sociaux présentés comme des avancées du modernisme ne cesse de croître. Mais elle pourrait encore s’allonger avec la fin annoncée du repos dominical des salariés. Plus de deux siècles de luttes sociales sont ainsi effacés en quelques traits de plume.

Loin de la prudence demandée à deux reprises par le Conseil Économique et Social (CES) sur ce sujet en 2007, le Gouvernement matraque une nouvelle fois le code du travail, officiellement au nom de la croissance contre la crise. En réalité, depuis des années la majorité souhaite supprimer le repos dominical. La crise n’est qu’une divine occasion de passer à l’acte. Pourtant, les pays les plus libéraux sont les premiers touchés par l’effondrement de ce modèle.

Cette proposition de loi révèle la vision mercantile inquiétante de la droite. Il s’agit d’une triple erreur : économique, politique et sociétale.

Une erreur économique tout d’abord. L’augmentation attendue de 30 % du chiffre d’affaire des commerces est mensonger. Il repose sur quelques cas d’entreprises hors-la-loi qui ouvrent le dimanche, avec la complicité et les encouragements du Gouvernement. Un comble en matière de civisme ! Mais qui peut croire qu’une ouverture généralisée des commerces conduirait à une augmentation globale du chiffre d’affaire du commerce français ?
Les Français ne dépenseront pas le dimanche l’argent qui leur manque la semaine. Au mieux, les achats dominicaux se substitueront aux achats de la semaine, sans gain pour l’économie comme le montre le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc) dans un rapport commandé par Bercy et publié en novembre 2008.
Loin des créations d’emplois annoncées, c’est plutôt une destruction d’emplois qui nous attend, et particulièrement ceux du commerce de proximité. L’ensemble des organisations patronales de l’artisanat et du commerce de proximité l’a compris. Il en va de la survie de leurs entreprises. Car à chiffre d’affaire égal, les artisans et les commerçants de proximité emploient trois fois plus de personnel que la Grande distribution.
Autre soucis pour le gouvernement : les études économiques montrent que l’ouverture dominicale augmente les prix. Ouvrir un dimanche coûte trois fois plus cher qu’ouvrir un jour de semaine : charges salariales, frais de communication, charges de fournisseurs augmentées par les prestations dominicales. L’ouverture des commerces le dimanche entraînera donc un surcoût des prix chiffré à 5 % minimum, même pour ceux qui achètent en semaine.

Une erreur politique ensuite. Le Gouvernement décrète que les Français veulent cette réforme. Ils attendraient l’ouverture dominicale. C’est faux. Dans les sondages, les Français expriment des avis très partagés. Parfois favorables en tant que consommateurs, ils sont bien plus réservés en tant que salariés… Manifestement, l’apport du travail dominical est contesté par ceux qui le subissent. Les pauvres devront travailler toujours plus pour vivre, tandis que les autres pourront choisir de ne pas travailler, jouir de leur temps libre. Mettre en avant la liberté et le volontariat du personnel traduit une réelle méconnaissance de l’inégalité de la relation employeur-salarié, accrue en cette période de crise et de hausse du chômage. Il faut le rappeler : le contrat de travail est un contrat de subordination. Le salarié ne s’embauche pas, ne se licencie pas, ne se distribue pas des primes et ne s’accorde pas des jours de RTT. La majorité des salariés de la grande distribution est composée de mères de famille, employées à temps partiel pour un salaire net mensuel de 750 €. Dans ces conditions, a-t-on la liberté de dire oui, ou de dire non pour venir travailler le dimanche ? Si le gouvernement veut vraiment augmenter le pouvoir d’achat de ses concitoyens, c’est par la revalorisation des salaires qu’il devra le faire, et non par des primes aléatoires !
Mais ce texte ne se heurte pas seulement à l’ensemble de la gauche, aux organisations syndicales, aux associations familiales et aux responsables des cultes. Il trouve aussi des opposants dans la majorité, et non des moindres. L’actuelle Ministre de l’Economie, Christine Lagarde, avait elle-même émis des réserves à ce sujet, signalant qu’elle trouverait « dommage que le dimanche devienne un jour comme les autres ».

Cette opposition massive vient de la prise de conscience que cette réforme est aussi et enfin, une erreur sociétale. La loi de 1906 a fait société. Elle a permis à la France de développer un modèle envié de qualité de vie. Nicolas Sarkozy a décidé de la détruire avec sa « politique de civilisation ».
Une extension de l’ouverture dominicale des commerces entraînerait des modifications substantielles dans l’organisation du fonctionnement de la société. Nombre d’autres professions et notamment les services publics, les services à la personne (ouverture de crèches pour garder les enfants…), les services de logistique, de technique ou de maintenance seront touchés. L’ensemble des corps de métiers serait touché et c’est toute l’organisation de la société qui serait à revoir. Demain, le dimanche sera un jour de travail banal. Pourquoi le payer plus alors ?
Au lendemain du Grenelle de l’environnement, c’est aussi un recul formidable auquel nous assistons. Les grandes surfaces sont parmi les activités les plus énergivores, les plus polluantes : éclairages puissants entièrement artificiels, chauffages ou climatisations de volumes immenses, vastes rayons de réfrigération ouverts ou souvent manipulés. Il n’est donc fait aucune étude sur l’impact environnemental de la loi. Adieu Grenelle !..
Cette conception de la vie est une véritable menace pour la sphère familiale, amicale, culturelle, sportive, spirituelle ou associative. Nous refusons que la civilisation du caddie remplace la civilisation du loisir. La citoyenneté ne se résume pas à l’acte de consommation. Quelle vie privée, quelle vie de famille sans jours de repos hebdomadaire commun, alors que justement nos sociétés souffrent déjà d’une déstructuration des liens sociaux ?

Au « travailler plus, pour gagner plus » qui a montré son injustice depuis deux ans, les députés de toute la gauche (socialistes, radicaux de gauche, communistes et verts) opposent le « travailler mieux, pour gagner mieux » du prix Nobel de l’économie Joseph Stiglitz. Nous défendrons avec la plus grande énergie notre conception de la société et de la vie, lors du débat au Parlement.

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